Auray (56) produit en régie des légumes dans la ferme communale
Après la remise en étatInfos pratiques
Adhérent : 2021
Maire : Claire Masson
Adresse : Auray, France
Téléphone : 02 99 71 91 09
Nbre d’habitants : 14538
Superficie : 6,91 km²
Intercommunalité : CC Auray Quiberon Terre Atlantique
www.auray.fr/
Contact BRUDED : Guillaume Josselin
Autres expériences de Auray
La municipalité d’Auray a acquis des terrains agricoles pour produire en régie des légumes à destination de la cuisine centrale en cours de construction pour les scolaires, pour la résidence autonomie du Bocéno et pour sa crèche. La mise en production lors de la saison 2025 est l’aboutissement d’un long parcours semé de difficultés et d’arbitrages propres aux projets innovants.
La ferme municipale fait partie d’un projet plus large, « le programme alimentaire alréen » proposé en 2020 par l’équipe municipale nouvellement élue.
L’ambition était de favoriser l’accès à une alimentation de qualité au plus grand nombre. Pour ce faire, la collectivité devait reprendre la main sur la production de repas de la restauration collective communale pour proposer à ses convives – maternelles et élémentaires, accueil de loisirs, crèche, résidence autonomie, repas portés à domicile aux personnes porteuses de handicap ou âgées – des repas bio, locaux, faits maison qui respectent la saisonnalité et l’équilibre alimentaire.
C’est un projet multi facettes aux externalités positives multiples directes déjà visibles ou indirectes qui sont parfois difficiles à quantifier.
Claire Masson, maire
Les axes principaux qui ont amené les élus à travailler dans ce sens sont :
- Pouvoir servir des produits frais, de qualité, de saison, ayant muri sur pied pour l’apprentissage du goût et pour l’apport nutritionnel des produits
- Préserver la santé des mangeurs et des producteurs en produisant sans intrant des produits labellisés ‘agriculture biologique’.
- Préserver et améliorer la qualité de l’eau et de la biodiversité
- Développer l’autonomie et la résilience du territoire en produisant localement
- Créer des emplois locaux non délocalisables
- Avoir un support de pédagogie alimentaire vecteur de lien à la terre et de transmission pour tous les axes précédents.
En maitrisant la chaine de production des repas, nous garantissons un accès minimum à une alimentation saine et durable pour les publics les plus fragiles qui fréquentent les services municipaux. Nous savons qu’au moins un repas équilibré par jour sera assuré, avec en plus une qualité nutritionnelle et environnementale majorée. C’est un enjeu de santé publique.
Myriam Devingt, adjointe au maire déléguée à l’éducation, l’enfance et la jeunesse.
La démarche est portée par les élus comme un objectif phare du mandat. Pour mener à bien ce projet ambitieux, la collectivité recrute, dès 2020, une chargée de mission dédiée au projet alimentaire. Son profil est polyvalent, avec notamment des compétences en gestion de projet, une maitrise de l’approche participative et de l’animation, mais aussi des connaissances techniques sur la culture maraîchère.
En 2021/2022, un travail est mené sur le scénario à retenir pour la remunicipalisation de la production de repas. A l’été 2022, la construction d’une cuisine centrale est retenue. (En savoir plus sur la remunicipalisation de la restauration collective) En parallèle, la stratégie d’approvisionnement est étudiée.
L’ensemble du projet est marqué par un travail fort avec les différents réseaux auxquels la commune adhère : Un plus bio, Réseau national des fermes publiques (structuré à l’automne 2025, mais en gestation depuis 2023), BRUDED…
Chaque territoire s’inspire de ce qui s’est fait ailleurs mais doit créer son propre modèle pour s’adapter au contexte local
Chloé Petetin, Chargée de mission alimentation durable
La stratégie d’approvisionnement
Pour approvisionner les cuisines en denrées bio et locales, un travail en deux phases est mené :
- La définition du besoin: La ville d’Auray a été accompagnée par la SCIC Nourrir l’avenir dont une diététicienne a estimé le besoin en denrées alimentaires par an pour toutes les cuisines. Soit 700 repas/jour en 2021(638 repas/jour en 2025)
- Une enquête auprès des producteurs locaux : celle-ci a mis en évidence un volume mobilisable insuffisant de denrées pour couvrir l’ensemble des besoins de la ville. Les producteurs en place disposent déjà de leurs filières de commercialisation.
Le travail d’enquête auprès des producteurs a été réalisé lors du stage de fin d’études d’une stagiaire ingénieure agronome en allant à la rencontre des producteurs et en s’appuyant en partie sur le diagnostic réalisé pour le PAT d’AQTA.
Cette phase de diagnostic a amené les élus à s’orienter vers un modèle de ferme municipale comme à Mouans-Sartoux (06), Vannes (56) ou Redon (35) pour pouvoir proposer des légumes locaux et bio dans la restauration collective.
Chloé Petetin, chargée de mission alimentation durable précise : « L’enquête révélait aussi les difficultés d’approvisionnement pour d’autres produits, animaux et grande culture, mais le plus simple à produire pour une collectivité reste la production maraîchère qui demande moins d’astreintes de personnel et moins de matériels de production ! »
La recherche du foncier
Dans un premier temps, les services ont estimé en interne la surface nécessaire de terre agricole pour couvrir les besoins. L’application gratuite « PARCEL » développée par le bureau d’études Basic, Terre de liens et la FNAB s’est révélée utile et efficace pour définir la surface cultivable nécessaire en s’adaptant finement aux besoins, type de repas, type de public… L’application permet aussi d’avoir une première approche du nombre d’ETP nécessaire au fonctionnement.
Un ‘benchmark’ à l’échelle nationale auprès de fermes communales a permis de confirmer les résultats de l’application.
La recherche de foncier se réalise à trois échelles pour se concentrer rapidement sur le troisième niveau :
- Foncier communal pour identifier d’éventuelles parcelles disponibles (cf : Vannes (56) : une régie maraîchère pour approvisionner les crèches )
- Foncier agricole de la commune qui s’avère soit utilisé soit trop petit
- Foncier dans un périmètre de 15 km autour de la commune
La recherche se fait grâce à l’outil vigifoncier de la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) auquel AQTA souscrit et via les petites annonces. Une opération d’acquisition de foncier agricole est visée par la SAFER et celle-ci peut décider d’appliquer son droit de préemption. En cas d’une mise en concurrence par la SAFER entre un agriculteur et la collectivité, cette dernière n’aurait pas été prioritaire.
Début 2022, la mise en vente d’une ferme située à 1 kilomètre du centre-ville d’Auray et implantée sur la commune voisine de Brech permet à la municipalité l’achat de 4,5 hectares de terre anciennement en culture maraîchère conventionnelle. L’ensemble est composé d’un forage d’irrigation, d’accès faciles, un bassin de récupération d’eau de pluie, des serres à remettre en état, une maison d’habitation et un hangar. Un dossier exposant les motivations de la municipalité et l’intérêt du projet est transmis en mars 2022 à la SAFER. L’acquisition se fait en juin 2022 à la suite d’une négociation en direct avec le cédant. La SAFER n’a pas appliqué son droit de préemption.
Dès juillet 2022, la commune fait venir un certificateur pour passer les parcelles en bio. Une partie des terres, en friche depuis plus de 3 ans, obtient immédiatement la certification bio. Les autres parcelles cultivées jusqu’en 2019 et 2021 sont mises en conversion et obtiennent la certification bio en 2023 et 2024.
Il est important de faire venir le certificateur avant le défrichement pour éviter une période de conversion plus longue.
Quel mode de gestion pour la ferme
De 2022 à 2024, plusieurs modèles de gestion de la ferme sont envisagés dans un contexte économique difficile pour la collectivité avec une forte hausse des coûts de l’énergie notamment.
3 modèles de gestion sont envisagés et explorés l’un après l’autre :
- Juillet 2022 à mars 2023 : Un chantier d’insertion.
Le projet est monté et chiffré. Un AMI retient l’organisme Optimism, déjà implanté sur le territoire qui propose aux personnes en insertion une formation diplômante en maraîchage, inscrivant ainsi les personnes dans une démarche de professionnalisation. La CDIAE (Commission départementale d’insertion par l’activité économique) refuse le projet car deux ateliers existent déjà sur AQTA et l’Etat ne soutient pas financièrement la création d’un nouveau chantier d’insertion sur le territoire.
- Mars 2023 à janvier 2024 : Projet d’installation d’un agriculteur avec prêt à usage des terres
La collectivité se fait accompagner par le cabinet Coudray (non spécialisé sur les problématiques agricoles) pour analyser ses options :
-
- Suivant les différents statuts juridiques possible : SCIC, SEMOP, SPL ;
- Suivant différents types de contrats de mise à disposition du foncier : métayage, prêt à usage, bail rural.
Une installation en deux temps est retenue : une première période de 2 ans avec prêt à usage, afin de construire avec l’agriculteur retenu le modèle d’une installation plus pérenne, dans un second temps, sécurisant à la fois la collectivité et l’agriculteur.
Un AMI est lancé sur ce modèle : la précarité du prêt à usage semble cependant décourager les porteurs de projets expérimentés. Seulement deux candidatures aux profils non expérimentés sont reçues. Cette expérience fait ressortir la nécessité d’une bonne répartition du risque entre la collectivité et le porteur de projet.
- Avril 2024 : la régie maraîchère
En avril 2024, la régie municipale semble rester la meilleure option. La collectivité engage alors les démarches pour le recrutement d’un agent communal au profil de maraîcher expérimenté.
Le recrutement du maraîcher : une étape clef
Plusieurs candidatures de personnes expérimentées sont reçues pour une prise de poste en septembre 2024. Le premier maraicher part en mars 2025, et est remplacé par l’actuel maraicher, avec une phase de tuilage. Ce poste est central pour le bon fonctionnement de la ferme municipale. Le candidat doit être expérimenté et aguerri sur le plan technique pour pouvoir travailler en autonomie, mais il doit également s’adapter à un fonctionnement transversal avec d’autres services et au cadre imposé par le fonctionnement de la collectivité.
Le maraicher est un contractuel de catégorie C embauché à temps complet (35 heures hebdomadaires) avec un temps de travail annualisé pour pouvoir adapter son rythme de travail au fil des saisons. Il est aidé par un saisonnier au cœur de la saison.
La remise en état des terres et bâtiments
En parallèle des recherches pour trouver le bon modèle de gestion, des chantiers sont entrepris pour remettre en état les parcelles en friche, les serres, le bassin de récupération d’eau de pluie, le système d’irrigation, etc.
- Avant la remise en état
- Après la remise en état
En 2023 les terres sont aussi semées de couverts végétaux pour améliorer la qualité du sol puis mises en culture en 2024 avec des lentilles, récoltées triées et préparées dans les cuisines municipales.
Des plantations d’arbres ont été réalisées dans le cadre du programme Breizh bocage géré localement par AQTA. Un verger de 60 fruitiers est aussi planté avec les enfants du centre de loisirs sur une parcelle en pente avec vue sur la rivière d’Auray, le Loch’.
Des chantiers participatifs de nettoyage des champs avec les habitants ont eu lieu à 4 reprises et ont pu réunir jusqu’à 100 personnes. En effet, plusieurs parcelles souffrent d’une pollution au macro plastique provenant des bâches de paillage qui n’ont pas été retirées après les dernières cultures ».
Ces chantiers collectifs ont été l’occasion de communiquer sur le projet, d’expliquer la démarche en impliquant aussi les service
2025 : La première année de production légumière
Depuis l’achat de la ferme, la collectivité adhère au groupement des agriculteurs biologiques du Morbihan en tant que producteur et adhère au suivi technique de la chambre d’agriculture. Ces accompagnements se sont avérés utiles pour conforter la collectivité dans les choix opérés pour l’acquisition de matériel, les choix culturaux, l’organisation, les solutions de lutte/adaptation contre les adventices et ravageurs. Ils permettent aussi d’avoir des temps de formation et de mise en réseau avec d’autres maraîchers pour échanger sur les pratiques.
Une partie du matériel de culture a été acheté à un maraîcher qui quittait son activité à proximité. Une autre partie a été achetée en kit à l’Atelier paysan pour favoriser l’autonomie dans la réparation et valoriser le savoir-faire des agents (ateliers municipaux équipés d’une ferronnerie) enfin d’autres outils ont été réalisés en régie par les ateliers communaux.
La saison 2025 est la première année de production. 8 tonnes de légumes ont pu être récoltés, sur une quarantaine de variétés différentes. Ils ont été directement acheminés aux cuisines de la résidence autonomie municipale et à la crèche municipale. La cuisine centrale n’étant pas encore achevée, il n’y a pas encore de production de repas en direction des écoles. Les excédents de légumes dégagés ont pu être distribués aux acteurs de l’aide alimentaire (Resto du cœur, centre social, public du CCAS et habitants. A partir de 2026, la ferme approvisionnera également la cuisine centrale, pour environ 640 repas/jours. Celle-ci sera équipée d’une chambre froide négative pour stocker les productions maraichères estivales, période creuse pour la production de repas (environ 150/jour). Les légumes ainsi stockés pourront être utilisés en hiver lorsque les récoltes sont moins importantes et diversifiées
Un outil pédagogique
La première année de production a été l’occasion d’organiser des temps d’animations sur la ferme avec les enfants du centre de loisirs et les résidents du Bocéno. Ces derniers ont aussi pu être mis à contribution pour la préparation des repas, en équeutant par exemple les haricots ou en écossant les petits pois. Ce temps intergénérationnel utile et productif a été très apprécié des résidents.
Sur l’une des parcelles, un espace pédagogique a été mis à disposition du centre de loisirs pour mettre en œuvre des jardins productifs avec le soutien des agents maraîchers. Un espace dédié aux associations est egalement prévu.
« Nous étions convaincus des objectifs initiaux, ça nous a permis de garder le cap. Le coût des produits augmente mais c’est un projet pour le bien-être des alréens : santé, qualité de l’eau, lien de la population à la terre, pédagogie… » Claire Masson, maire.
Bilan financier
| Dépense | Montant de la dépense |
| Achat des parcelles agricoles + bâtiments | 461 000€ |
| Dépense de mise en route de l’activité | |
| Réhabilitation des serres + clôtures des parcelles | 27 000€ |
| Réhabilitation du système d’irrigation | 17 000€ |
| Réhabilitation du bassin de rétention | 17 000€ |
| Acquisition serre de stockage | 10 000€ |
| Réhabilitation abords de la ferme | 15 000€ |
| Démontage serre bitunnel et nivellement | 10 000€ |
| Réhabilitation forage et travaux annexes | 31 000€ |
| Tracteur et outillage | 34 000€ |
| Véhicule de livraison | 22 000€ |
| Total des dépenses de mise en route de l’activité | 183 000€ |
Nous noterons que la collectivité qui n’a pas le statut d’agriculteur ne perçoit pas les aides sur le matériel, la PAC, les aides BIO.
Article mis en ligne en janvier 2026


















