Le Juch (29) : Ty Kalon, un bar, épicerie, tiers-lieu qui fait vivre le bourg : la démarche complète du projet !
Infos pratiques
Adhérent : 2019
Maire : Yves Tymen
Adresse : 5 Rue Louis Tymen, Le Juch, France
Téléphone : 02 98 74 71 50
Nbre d’habitants : 725
Superficie : 14,38 km²
Intercommunalité : Douarnenez Communauté
www.lejuch.fr
Contact BRUDED : Maïwenn Magnier
Autres expériences de Le Juch
Porté par les élus depuis 2014, le projet « cœur de bourg » de la commune a vu sortir de terre de nombreuses réalisations, dont le bar-épicerie-tiers lieu « Ty Kalon » (cœur de bourg en breton) qui a ouvert ses portes en 2024 après un long parcours. Retour sur cette démarche ambitieuse et fructueuse.
Les grandes étapes
- 2014 : la commune sollicite le CAUE pour répondre à l’AMI du département sur la revitalisation des centres-bourgs.
- 2017 : le dernier bar (des Sports) de la commune ferme ses portes alors qu’une propriété composée d’une grande maison et d’une grange est mise en vente, par ailleurs.
- Début 2019 : La commune préempte ce bien. Finistère habitat s’engage à créer des logements sociaux (dans la partie grange).
- Fin 2019: le projet est intégré dans l’appel à projet régional sur la revitalisation des centres-bourgs pour lequel la commune est lauréate (volet travaux) ; l’EPF Bretagne se porte acquéreur.
- 2019-2020: Réunions publiques et co-construction du projet avec le TAg 29
- 2020 : des porteurs de projets sont sélectionnés suite à l’appel à projets (et abandonnent en 2021)
- 2022: poursuite du projet et de nouveaux porteurs sont retenus.
- 2023 et 2024 : travaux (démolition intérieure : cloisons, planchers…) et reconstruction/rénovation/extension
- Octobre 2024: Ty Kalon ouvre ses portes.
Acquisition
Dès 2019, la commune se positionne grâce à sa possibilité de préempter, pour acquérir le bâtiment qui est mis en vente par ses propriétaires. Ancien commerce (bar, boulangerie, restauration – salle de bal) fermé depuis de nombreuses années, cette grande bâtisse de caractère présente un potentiel important : trois niveaux dans le bâtiment principal et un bâtiment annexe plus ancien (grange) séparé d’une cour. La commune fait appel à l’EPF Bretagne pour se porter acquéreur. C’est chose faite en 2019 : la commune a sept ans (par voie de convention) pour mener à bien l’opération avant de devoir le rembourser. Par la suite, l’EPF mènera les travaux de démolition nécessaires.
En parallèle, après avoir sollicité Douarnenez Habitat, la commune sollicite le bailleur départemental Finistère habitat de mener une opération de logements sociaux dans l’ancienne grange. Ce dernier s’y engage mais l’opération rencontre de nombreux soubresauts tout au long du mandat et ne sera lancée qu’au mandat suivant.
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Co-construire un projet avec les habitants
Pour réaliser un commerce/lieu de vie, la commune choisit de travailler avec le Révélateur du TAg 29 (Trajectoire agile en Finistère) pour mener les réflexions et le mettre sur les rails concrètement. Association d’économie sociale et solidaire, le TAg propose d’accompagner des collectivités en recherche de porteurs de projets. Ici, il va faciliter sa co-construction avec les habitants.
Il était important pour les élus de se faire aider afin de permettre aux habitants de s’exprimer plus librement que s’ils étaient seuls à porter la démarche
Gweandal Evenou, TAg 29
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Mobiliser le territoire, réaliser une expertise et une étude d’opportunité
On considère trop souvent le commerce du point de vue « économique », il faut faire attention aux enjeux sociaux qui gravitent autour de l’activité commerciale
Gwendal Evennou, TAg 29
À l’automne 2019, le TAg créé une commission « commerces et services » (22 inscrits : élus, habitants et partenaires dont FIA et BRUDED) et vient ensuite en « résidence » dans le bâtiment du futur commerce pendant une semaine. Il propose une enquête en porte à porte et des goûters pour obtenir la parole des enfants. Les 110 réponses (35% de la population) sont analysées. Il en ressort un besoin de créer une épicerie, un bar/café comme lieu de convivialité, une boulangerie, un restaurant et un lieu pour des animations culturelles.
S’en suit un forum avec quatre ateliers (commerce, cadre de vie, mobilité, patrimoine). Trente personnes participent à l’atelier qui réfléchit à un projet autour du café – épicerie/boulangerie – restaurant. Le défi sera alors de proposer un lieu multi-activités avec cette difficulté pointée de maintenir un petit commerce à proximité de Douarnenez.
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En fin d’année, une rencontre inspirante est organisée avec le « Champ commun » à Augan (56) avec une cinquantaine de personnes.
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Choix d’un porteur de projet
Début 2020, le groupe de travail rédige un appel à candidatures pour trouver un porteur. L’équipe municipale est réélue et malgré la crise du covid qui vient bouleverser le calendrier de l’année et empêche les visites envisagées (confinement), le groupe de travail parvient tout de même à avancer.
La crise sanitaire et le manque de commerces de proximité permet à la commune de créer l’épicerie du Diable : un lieu (éphémère) où les habitants peuvent venir chercher des denrées alimentaires des producteurs locaux. C’est un vrai succès et l’épicerie se mue en marché hebdomadaire dès la levée du confinement.
L’appel à candidatures est lancé à l’automne. Les annonces sont diffusées via le site internet de la commune, le site national de Commun’opportunité et SOS Village. Il comporte le descriptif du projet, les attentes des élus (un plan comptable et un descriptif des activités envisagées) et l’engagement des porteurs (loyers évolutifs de 700 € à 1 000 € pour le commerce adapté en fonction de la participation aux investissements mobiliers, aux aménagements spécifiques et aux possibilités du porteur de projet). La possibilité d’une cession du lieu à terme est aussi envisagée.
Sur les quatre dossiers qui parviennent en mairie, trois candidats sont reçus en entretien et un est retenu par le jury composé du groupe de travail (élus, habitants, TAg 29 et BRUDED). Il est porté par un trio de jeunes qui souhaite créer un lieu de convivialité avec un peu de commerce alimentaire, une restauration qualitative et un bar avec des animations ; ils seront dorénavant associés aux démarches.
Maîtrise d’œuvre : études et chantier
L’équipe de maîtrise d’œuvre sélectionnée est le Cabinet Ruelland avec lequel la commune a déjà réalisé l’extension et rénovation énergétique de la salle socio-culturelle en 2017. L’assistance à maitrise d’ouvrage est assurée par Christian Lioto qui a l’habitude de travailler avec la commune (extension salle socio-culturelle, création salle multi-activité-garderie…).
Dès 2021 un premier projet est élaboré adapté aux attentes des porteurs.
Des contretemps dans le projet qui évolue
Malgré l’avancement du dossier, les porteurs du projet retenus se retirent en 2021, pour des raisons d’opportunité professionnelles. La commune choisit alors de le poursuivre en se tournant vers un autre porteur qui avait candidaté en 2020. Le couple qui gère un restaurant à Douarnenez se dit prêt à créer un bar, un restaurant et une épicerie à base de produits locaux ainsi qu’un dépôt de pain. Le projet comporte également un volet important sur l’animation (concert, lieux de vie, etc.).
Le projet est alors complètement remanié au premier semestre 2022 pour s’adapter aux nouveaux porteurs. Les élus retravaillent le projet, réduisant fortement les ambitions, tout en conservant la création d’une extension (office), l’aménagement de la longère (en ruine) en un préau couvert et en préservant le maximum de surface commerciale exploitable. Un avant-projet est présenté pour consultation à l’architecte des bâtiments de France début 2022. Ce dernier approuve l’esprit global du projet avec des propositions plus adaptées aux formes architecturales du bâti ancien. Le permis définitif est validé en août 2022.
Les travaux
Les marchés pour les travaux sont lancés à l’automne 2022 et à nouveau début 2023 pour compléter les lots infructueux. Les travaux sont lancés en mai 2023 s’étaleront jusqu’en septembre 2024, malgré l’inflation des coûts (crise du covid, guerre en Ukraine).
Ce bâtiment ancien comprend des murs de pierre (non isolés), non chauffé, équipé d’antiques menuiseries bois en simple vitrage fortement dégradées avec une l’installation électrique d’un autre temps. Aucun espace sanitaire n’y était réutilisable. Le sol n’était pas isolé. Les planchers bois montés sur des empoutrements en dehors de toutes normes, imposaient la création de deux planchers hourdis aux étages permettant d’ouvrir les possibilités d’usage à venir. La reprise des sols du rez-de-chaussée a permis la pose d’une dalle isolée et de dispositifs anti radon. Des huisseries bois en double vitrage sont venues remplacer les anciennes.
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Projet finalisé
- L’intégralité de la surface de rez-de-chaussée est dédiée au commerce (bar, épicerie, restaurant). On y trouve aussi une cuisine avec toutes les réservations techniques, une terrasse en façade et un accès intérieur à un préau.
- L’extension arrière de 25 m² est dédiée au stockage, vestiaires et sanitaires ; elle est traversée par l’escalier menant au préau.
- L’étage accueille les pompes à chaleur et le système de ventilation qui sont protégés sous les combles afin de limiter l’impact visuel et sonore en fonctionnement.
- Les ouvertures sur la cour sont agrandies et accessibles PMR et le hall d’entrée permet un accès indépendant aux étages par un escalier béton extérieur donnant sur la rue attenante.
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Les critères environnementaux
Le projet est également revu pour être en accord avec l’engagement de la commune et de ses partenaires dans le développement durable. Le choix des matériaux biosourcés (isolation laine de bois, huisseries bois, enduits intérieurs en béton de chanvre, chaux/chanvre en extérieur) ont permis d’être dans la continuité d’une construction en pierre que ce soit en termes technique et esthétique. Ce choix était un compromis nécessaire avec une performance énergétique brute moins élevée et un surcoût (béton de chanvre) de l’ordre de 12 à 15K€. La performance énergétique atteint le niveau D.
Les performances sur la partie neuve sont plus qualitatives : pompes à chaleur, ventilation double-flux, huisseries bois, sols sur dalles isolées, enduits chaux-chanvre. Leur performance de déphasage thermique et la sensation chaleureuse dans un environnement sain est un vrai atout.
Le fonctionnement
Inauguré en juillet 2024 et ouvert à l’automne suivant, les deux gérants ont embauché un employé en 2025 pour faire face à l’activité (bar / salon de thé avec petite restauration, épicerie/dépôt de pain, agence postale, relais colis). Ils ont développé le lien social par différentes animations (jeux de société à disposition, soirées à thème…). Ils sont ouverts du mercredi au dimanche avec des horaires plus tardives les soirées de fin de semaine.
Ty Kalon fonctionne très bien et c’est très apprécié des habitants et des visiteurs – ils proposent aussi des animations et des journées thématiques très bien fréquentées
Yves Tymen, maire depuis 2024
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À l’étage : une dentiste
Alors qu’aucun projet spécifique n’est clairement identifié pour les deux étages, les travaux minimaux de sécurisation et d’isolation sont quand même réalisés. Contacté en mai 2024 par une dentiste cherchant à s’installer dans ce secteur géographique, Patrick Tanguy, maire (2014-2024) saisit l’opportunité et propose le premier étage en plateau nu pour cette installation. La commune a pris à sa charge l’aménagement pour les personnes à mobilité réduite.
Après l’aménagement, la dentiste ouvre son cabinet en janvier 2025. À sa demande, le deuxième étage a été mis à sa disposition. La commune prévoit de lui revendre les lieux au bout de six ans en 2030.
Les financements
Dépenses (HT)
| Acquisition et frais | 159 401 € |
| Démolition/sécurisation | 119 850 € |
| Travaux (extension longère) | 294 300 € |
| Travaux (réno maison) | 387 450 € |
| Études, MOE et assurance | 88 000 € |
| Total | 1 049 001 € |
Recettes (HT)
| CD 29 AMI centre bourg | 2017 | 73 000 € | 7% | 59% |
| Région AAP redyn.et Bien vivre en Bzh | 2019/2023 | 205 000 € | 20% | |
| DETR | 2020 | 115 000 € | 11% | |
| DSIL | 2022 | 87 500 € | 8% | |
| EPF (démol et minor. foncière) | 133 200 € | 13% | ||
| Commune : reste à charge | 435 301 € | 59 % | 41% | |
| Total | 1 049 001 € | 100% |
La commune a financé le reste à charge avec ses fonds propres et n’a pas eu besoin de recourir à un emprunt bancaire. Cet investissement sera amorti d’ici dix ou quinze ans, ce qui est peu pour un tel équipement, réel vecteur de lien social au cœur du village
Patrick Tanguy, ancien maire (2014-2024) qui a porté le projet de bout en bout
Suites…
En parallèle du projet de Ty Kalon, le volet « habitat » porté par Finistère habitat dans l’ancien bâtiment agricole situé de l’autre côté de la cour fait l’objet de nombreuses tractations et modification tout au long du projet. Reporté à plusieurs reprises pour diverses raisons, il devrait voir le jour (création de deux logements dans le bâti qui devra être totalement rénové) au cours du mandat 2026-2032.
Aller boire un verre…
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Contacts
- Yves Tymen, maire depuis 2024 et Yohan Breton, secrétaire général – 02 98 74 71 50
- Patrick Tanguy, maire de 2014 à 2024
Rédaction : mars 2026








































