Rencontre : Maintien des commerces dans les centres bourgs, une gageure pour les élus ? à Séglien(56)

Expérience > Sauvetage d’une épicerie en centre bourg à Séglien (56) : acte 1 – 2016

BRUDED a organisé une rencontre sur le maintien d’un ou plusieurs « petits » commerces au cœur des bourgs en milieu rural, le 16 décembre 2015 à Séglien (56).

Le maintien des commerces au cœur des bourgs est de plus en plus difficile dans un très grand nombre de communes, qu’elles soient rurales, rurbaines ou littorales. C’est un enjeu majeur pour leur développement et leur attractivité, mais aussi pour la préservation du lien social. Les élus l’ont bien compris et ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser et à s’impliquer pour trouver des solutions, parfois très innovantes. Les zones rurales du centre Bretagne sont particulièrement confrontées au déclin du commerce de proximité. C’est pourquoi cette rencontre était centrée sur les problématiques spécifiques de ces territoires, en s’appuyant sur des expériences différentes, avec l’objectif de montrer que ce n’est pourtant pas une fatalité.

La rencontre du 16 décembre 2015 à Séglien (56) a réuni de nombreux élus, 35 personnes représentant 23 communes étaient présentes : Adhérentes à BRUDED : Bieuzy les Eaux (56), Cléguérec (56), Concoret (56), Guiscriff (56), Guéméné sur Scorff (56), Hénon (22), Kergrist (56), Monteneuf (56), Muel (35), Persquen (56), Plouegat-Moysan (29), Pluméliau (56), Séglien (56), Silfiac (56), La Vraie-Croix (56) Non adhérentes : Berné (56), Guern (56), Kergrist-Moëlou (22), Langoëlan (56), Laniscat (22), Lanvénégen (56), Lignol (56), Saint-Allouestre (56)

Laurent Ganivet, maire de Séglien a expliqué comment les élus s’étaient retroussés les manches depuis deux mois suite à la fermeture un peu brutale de l’épicerie du bourg. Dans un premier temps, ce sont les élus eux-mêmes, qui ont assuré le service de vente de pain et de journaux tout en  aménageant un local (propriété de la commune) avec les moyens du bord (l’inventivité et le système « D » ont fait foi). Puis ils ont recruté une personne pour assurer une ouverture 6 jours par semaine, 4h par jour, par le biais d’un « contrat aidé » à la charge de la commune. La troisième étape sera celle de l’achat d’un autre bâtiment, plus grand et plus adapté, de l’aménager et mettre à disposition de cette même personne si possible, pour ouvrir une nouvelle épicerie – bar – dépôt de pain – journaux… d’ici deux ans. Le point principal à retenir ici est la qualité de la personne qui va tenir le commerce : si elle est acceptée des habitants et tient « bien » le commerce, c’est gagné. Le choix de cette personne, dont la commune est entièrement satisfaite, est donc primordial.

François Gitotto, maire de Plouegat Moysan (29)  a tenu le même discours. Il a raconté comment la commune s’est aussi mobilisée à la fermeture du dernier commerce. La municipalité a choisi de restaurer un bâtiment en centre-bourg pour le transformer en épicerie-bar au rez-de-chaussée (en réfléchissant attentivement à ce que les deux espaces tenus pas une seule personnes soient bien distincts) et un logement à l’étage. Trois ans plus tard, c’est une réussite : l’épicerie fait un bon chiffre d’affaires et le bar fonctionne bien : les habitants « jouent » le jeu en fréquentant activement les lieux. Il contribue à redynamiser un centre bourg qui a été rendu plus attractif par l’aménagement d’une nouvelle mairie, la rénovation de la salle polyvalente et bientôt par la future rénovation/extension de l’école . Outre le fort engagement de la commune qui a cru en son projet malgré les réticences des partenaires au départ, deux petites leçons peuvent être tirées : 1/ le choix de la personne qui tient le commerce est essentiel et 2/il ne faut pas mettre le gérant du commerce en location dans le logement à l’étage, autrement le jour où le commerce ferme, tout s’écroule…

René Moullec, maire de Guémené sur Scorff (56), a ensuite abordé un thème un peu différent. Ce sont 52 commerces (sans compter les « services » tels que médecins, poste, etc.) qui se partagent l’espace central de la commune, très animé et dynamique. Mais pour combien de temps ? La moitié d’entre eux vont partir à la retraite d’ici 5 ans et ils ne seront pas tous remplacés. Devant ce constat,la mairie a sollicité le soutien de l’EPF Bretagne pour financer une étude globale sur la « revitalisation de centre bourg » afin de prévenir les choix plutôt que de les subir. Une chose est sûre : pas question de laisser filer les commerces en dehors du centre bourg à proximité de l’hyper-marché qui lui-même est source de vitalité « c’est une richesse pour nous, sans lui, on n’aurait plus personne ». Deux étapes se profilent : 1/ Maison de santé et rénovation de l’hôpital (ce sont 257 emplois sur la commune…) et 2/Revitaliser le centre bourg en s’appuyant sur l’étude qui vient de démarrer et qui proposera différents scénarios.

Daniel Huet, maire de Monteneuf (56) a ensuite présenté le projet de l’ouverture d’un bar associatif, soutenu pas la commune. Suite à la fermeture du dernier bar il y a trois ans et dans le cadre des réflexions du PLU, la commune a eu une approche sociale forte : elle a choisi d’impliquer les habitants dans le but de renforcer le lien social. Est né de ce travail le projet d’un bar associatif. Afin de parvenir à un résultat intéressant, la commune va se faire aider par le « Champ commun », SCIC basé à Augan qui a réussi à monter un projet de dynamisation de la commune en créant une épicerie, bar-café-concert, des services, des lieux d’échanges, de culture, à partir de la volonté d’une poignée d’hommes et de femmes voulant faire vivre leur territoire. C’est donc Henri-George Madelaine, un des fondateurs du Champ Commun qui a clos cette matinée sur une note d’optimisme et un regard transversal passionnant. Par la volonté de créer des lieux ouverts avec une grande qualité d’accueil dans des bâtiments dont les matériaux et les produits sont choisis pour répondre à la demande et aux besoins, la SCIC a créé un lieu avec une âme, fondé sur des notion d’économies participatives de proximité : ce sont les168 associés de la Coopérative qui ont permis à ce projet de voir le jour avec seulement 8 000 € de subvention depuis leur création en 2009…

Basé sur des méthodes d’éducation populaire qui reconnaît les compétences de chacun, ce projet a permis de montrer qu’il existe beaucoup de gens volontaires mais qu’il faut prévoir le temps, l’énergie et une certaine prise de risque pour aboutir !

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