Murielle Douté-Bouton, maire de Plélan-le-Grand (35)

Murielle Douté-BoutonMurielle Douté-Bouton

 

[Covid-19] : comment les communes font-elles face ?

Entretien avec Murielle Douté-Bouton, maire de Plélan-le-Grand (35) – 22 avril 2020

Cette expérience de crise me conforte dans l’idée que toutes les collectivités qui ont travaillé sur le développement durable et les questions de résilience, construit avec matériaux sains, mis en œuvre des économies d’énergie, des actions de dynamisation centre bourgs (…) ont choisi la bonne voie.

Comment la commune a-t-elle appréhendé la crise ?

Plélan-le-Grand (35) est une commune de plus de 4 000 habitants qui a répondu aux urgences que la crise du Covid-19 lui a imposées. Les élus ont fait des choix assumés qui relèvent des priorités qu’ils se sont fixés : sécurité des habitants et santé publique.

Sur le plan post-électoral, la question a été relativement simple sur la commune : une seule liste était candidate et de nombreux élus déjà en place étaient réélus, ce qui a facilité la prise en charge de la gouvernance au lendemain des élections. Au début du confinement, les élus ont créé un comité restreint pour assurer une gouvernance partagée pour les prises de décisions.

Quelles ont été les priorités d’actions ?

La commune a choisi de mobiliser les services techniques sur les services essentiels : sécurité, salubrité et entretien indispensable. Concernant le service périscolaire, un système d’astreinte des agents pour pouvoir accueillir les enfants de personnels médicaux a été mis en place sur les temps périscolaires, en lien avec les directions d’écoles qui assuraient l’accueil sur le temps scolaire.

Des outils de visio-conférence ont très vite permis de travailler collectivement et un service minimum a été imaginé. Certains agents travaillent en télé-travail selon leurs capacités à le faire. « Lors du prochain mandat, on envisage même de maintenir une partie de notre travail collectif en visio-conférence pour éviter des déplacements chronophages… »

Dès le 13 mars (annonce de la fermeture des écoles), « Nous avons joué le rôle de courroie de transmission entre structures officielles, organisations locales et les habitants. »

L’association des maires d’Ille-et-Vilaine a mis en place un groupe Whatsapp pour tous les maires (une centaine inscrite) pour faire remonter les informations, les questions et les réponses officielles ou retours d’expériences. « C’est un bel exemple de collaboration territoriale, animé par la directrice de l’AMF 35 et son équipe, qui nous aide beaucoup ».

Les personnes fragiles

Les élus et les agents ont recensé les 500 personnes âgées de plus de 70 ans et les ont toutes contactées. « On a constaté que les réseaux de solidarité (famille, voisins, amis) fonctionnaient très bien. Dès lors, nous avons mis les gens isolés en lien avec la superette qui pouvait assurer la livraison de courses. Nous téléphonons régulièrement à ceux qui sont vraiment seuls. En revanche, ce qui passe sous nos radars sont les jeunes potentiellement isolés ou en danger ». Il est compliqué pour les élus de repérer les situations de grande difficulté car ils n’ont pas de moyens d’identifier ces personnes (familles monoparentales, ou jeunes subissant des violences notamment).

Nous n’avons pas d’outils de repérage de ces personnes potentiellement fragiles dans ce contexte de confinement et c’est désolant.

Le marché : un point d’achoppement

Le marché de la commune est grand : on y dénombre 60 commerçants titulaires alimentaires (120 commerçants au total en période estivale). « On a considéré que c’était intenable de le réduire à 15 étals et 100 personnes (demande Préfecture 35) compte-tenu de sa notoriété : aussi, on a fait le choix, contesté, tout comme son maintien d’ailleurs, de ne pas demander de dérogation d’ouverture. Cette décision à été prise à un moment donné, juste avant le pic attendu de l’épidémie et la volonté était de maintenir les gens chez eux pour leur sécurité. »

Espaces verts, biodiversité et éclairage public

La commune a choisi de ne maintenir que les interventions nécessaires à la sécurité ou à un entretien sur le long terme. « On observe ici et là que la faune et la flore ont un peu repris leurs droits ; c’est l’occasion de se mobiliser pour accentuer la gestion différenciée de ces espaces. Une réflexion conduite avec le CPIE, la station biologique de Paimpont et la CC de Brocéliande pour répondre à cet objectif d’« agir pour la biodiversité », conformément à notre programme d’actions communautaire.

[À ce propos, une enquête de Plantes et Cité sur la gestion des services et techniques/espaces verts a été lancée pour avoir des retours des collectivités]

Les élus n’ont, en revanche, pas choisi de réduire l’éclairage public : d’une part, l’extinction se fait déjà la nuit et vouloir augmenter ces plages est compliqué du fait qu’il n’y a pas de pilotage centralisé (30 armoires sur la commune). D’autre part, il a été choisi de privilégier la dimension sociale en ne pénalisant pas la partie de la population qui travaille en dehors de son domicile (personnel soignant par exemple).

Le déconfinement du 11 mai et le retour dans les écoles ?

On a besoin de temps pour proposer des dispositifs intelligents et sécures. Aujourd’hui, 22 avril, la pression médiatique nous somme de trouver et proposer des solutions avant même d’avoir reçu des directives claires et suffisantes de la Préfecture.

La collectivité peut se féliciter d’avoir réorganisé en 2019 le fonctionnement des services d’entretien : les agents ont été formés, le matériel acheté et les stocks mieux gérés… « On ne s’est pas trouvé en manque de matériel, de gel hydro alcoolique et de produits d’entretien en début de crise (sauf les masques), cette réorganisation est tombée à point nommé ! De même que l’ouverture de la Canopée, équipement destiné à l’enfance et à la jeunesse, ouverte en 2019, qui nous donne accès à des espaces propices à la distanciation sociale pour les enfants. »

Et demain ? quels enseignements tirer ? quels projets envisager ?

La notion de résilience est vraiment la clef de voûte de nos interrogations.

Aujourd’hui, la commune est confortée dans ses choix « durables » : le magasin de producteurs locaux, les circuits courts, les commerces de proximité, les questions énergétiques ou de gestion différenciée des espaces verts, un centre bourg dynamique : tout cela résonnent très fortement.

« On a beaucoup anticipé les projets et les objectifs à atteindre dans nos documents de planification : PLU, PCAET… alors qu’on n’a pas du tout esquissé une telle situation de crise sanitaire. ». Il est probable que cette crise ait des répercussions économiques fortes. Les projets proposés par les élus de 2020 devront sans doute être retravaillés pour être plus vertueux. Des plans de relance (du bâtiment…) aideront peut-être à maintenir le cap pour les collectivités, mais il est trop tôt pour se projeter avec certitude.

Reprendre le rythme après le confinement ?

 Je suis partante de ne pas vouloir rattraper le ‘temps perdu’ ; il faut raison garder et nous devrons accepter de décaler les calendriers sans épuiser nos équipes à tout prix pour rattraper ce ‘retard’.

Il y aura un contre-coup social et moral du déconfinement et nous devrons être vigilants pour éviter les dépressions et découragements qui pourront en découler. La gestion de la crise comme la reprise des activités sont avant tout une question d’humanité.

 

Murielle Douté-Bouté Bouton
maire et tête de liste 2020 à Plélan-le-Grand
VP urbanisme, de l’habitat et du développement durable à la CC Brocéliande

 

 

 

 

29 avril 2020

 

Rédigé en avril 2020
Thématique : 

 

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