Rives-du-Couesnon (35) mobilise les agriculteurs pour préserver ses voiries communales

Infos pratiques
Adhérent : 2020
Maire : Daniel Lebouvier
Adresse : Rives-du-Couesnon, France
Téléphone : 02 99 39 12 57
Nbre d’habitants : 2 961
Superficie : 48,36 km²
Intercommunalité : Fougères Agglomération
www.rivesducouesnon.fr/
Contact BRUDED : Laetitia Cour
Autres expériences de Rives-du-Couesnon
Délaissés depuis plusieurs années, le curage des fossés devenait essentiel pour préserver la voirie communale. Face au coût important que cela représentait, les élus ont su convaincre et mobiliser les agriculteurs locaux qui se sont impliqués dans cette expérimentation. Une coopération qui s’est poursuivie bien au-delà de ce chantier !
Commune nouvelle de près de 3 000 habitants, Rives-du-Couesnon est issue de la fusion au 1er janvier 2019 de quatre communes historiques : Saint-Georges-de-Chesné, Saint-Jean-sur-Couesnon, Saint-Marc-sur-Couesnon et Vendel. Membre de Fougères agglomération, elle est située le long de l’A84, à une trentaine de km de Rennes et à une quinzaine de Fougères. La commune gère 120 km de voiries communales et compte, en 2025, environ soixante exploitations agricoles.
Des agriculteurs associés au curage et à l’entretien des fossés
Suite au décès des deux élus référents voirie sur la commune de Rives-du-Couesnon, Bernard Turoche, nouvel adjoint chargé de la voirie, et Gilbert Léonard, maire délégué de Saint-Marc-sur-Couesnon, ont repris le flambeau de l’entretien de la voirie.
Après une période de diagnostic nécessaire, il s’est avéré essentiel de mettre l’accent sur le curage d’important linéaire de fossés, délaissés depuis plusieurs années et qui mettait en péril la structure même de la voirie communale. Des devis ont été demandés à plusieurs entreprises sur une portion de 2,5 km (soit 5 km de fossés et 5 km d’arasement d’accotements). Le montant des devis variait entre 20 000 et 40 000 € (+ ou – le transport et la mise en décharge par tonne de matière exportée). Un coût beaucoup trop élevé au regard des 10 à 20 km de voiries indispensables à réaliser pour la seule année 2025. Cela aurait représenté la totalité du budget annuel dédié à la voirie !
Les élus ont alors contacté un entrepreneur local qui a accepté de travailler au temps réel et de facturer à l’heure de pelle mécanique. Dans le même temps, les agriculteurs ont été sollicités pour assurer le transport et l’évacuation de la terre des fossés et des accotements, dans leurs parcelles. Une vingtaine d’agriculteurs du territoire ont été rencontrés, un par un, pour rejoindre ce chantier qui a démarré à l’automne 2024. C’est ainsi que 2,5 km de voiries ont pu être réalisés en une demi-journée pour un coût total pour la commune de 4000 € HT (facturé par l’entreprise) soit un coût divisé par cinq !
Il fallait aller voir certains agriculteurs plusieurs fois, trouver les mots pour convaincre et finalement tous ceux qui ont été sollicités ont accepté !
Gilbert Léonard, maire délégué de Rives-du-Couesnon
Cette expérimentation réussie a ensuite été déployée sur d’autres tronçons de routes communales. Ainsi, en 2025, c’est environ 20 km de fossés qui ont été entretenus avec l’aide des agriculteurs. En 2026, dix nouveaux agriculteurs vont être impliqués sur un nouveau tronçon de route d’environ 15 km.
L’un des agriculteurs qui avait refusé au départ a compris l’état d’esprit grâce à l’expérimentation et a finalement participé.
Cette coopération repose sur un engagement moral, sans convention formelle, afin que chacun reste libre de s’impliquer.
La période de travaux : un équilibre entre portance du sol et activité agricole
Pour réaliser les travaux dans les meilleures conditions, le sol ne doit pas être trop humide. Les contraintes ont donc été différentes selon la nature du sol ; l’hiver a été évité sur les terres argileuse. Mais il a surtout fallu tenir compte de la disponibilité des agriculteurs. La commune a privilégié deux moments pour les chantiers de curage des fossés : juste après les moissons et juste après l’ensilage fin septembre.
Préserver les routes de l’érosion des sols
L’érosion récurrente des sols agricoles en remplissant les fossés et en générant des mouvements de sols altère la voirie et peut présenter un risque pour certaines maisons. La commune a donc invité tous les agriculteurs (une soixantaine d’exploitants) à échanger entre eux, avec les élus et le technicien en charge du programme Breizh bocage de Fougères agglomération afin de répertorier les zones d’érosion problématiques et réfléchir ensemble à des solutions adaptées. Ainsi des solutions concrètes ont été mises en œuvre pour préserver les routes communales : déplacement d’entrée /de sortie de champs, restauration et création de talus, changement de pratiques (ex. : utiliser une barrière en haut de champs les jours d’ensilage, travailler la terre différemment, …)
Il ne s’agit pas de culpabiliser les agriculteurs mais de les impliquer dans leurs propres changements de pratiques. On ne fera pas sans eux. On fera avec eux !
Ces rencontres ont permis de dresser un état des lieux partagé, de susciter des échanges parfois vifs mais constructifs, et d’esquisser des pistes d’amélioration. Les élus ont également entendu les critiques sur l’entretien des routes.
Une coopération au-delà des ambitions de départ
Ce projet a donc également été l’opportunité de réduire le nombre de ponts et de les repositionner à des endroits plus adaptés à la taille agrandie des parcelles agricoles. En effet, sur les 2,5 km de voiries, existaient 32 ponts (sorties de champs, traversées de routes, …) qui ne correspondaient plus aux besoins ni aux usages des agriculteurs exploitants du fait de l’agrandissement des parcelles. Vingt-huit ponts ont donc été retirés.
Par ailleurs, les routes étant devenues trop étroites au vu de l’évolution du matériel agricole. Les sorties de champs ont été élargies à 12 mètres et positionnés face à face afin de créer un croisement possible sur la route. La collectivité a négocié un tarif de groupe pour l’achat des buses auprès des entreprises et en a fait bénéficier les agriculteurs impliqués dans le projet. Pour certains agriculteurs, les économies réalisées ont été notables. Le rayon de braquage des machines agricoles a été augmenté, devenant moins impactant pour le revêtement de voirie.
Un tel chantier nécessite beaucoup d’échanges, d’écoute, d’argumentation et de pédagogie.
Des bénéfices directs et indirects
Pour la commune, ce travail de fond sur les routes est un réel investissement pour le futur. En plus du curage des fossés réalisés à coût soutenable, le fait que les sorties de champs soient mieux positionnées, que les machines abiment moins le revêtement et que les tuyaux soient remplacés (donc moins bouchés), sont autant d’éléments qui vont participer à préserver les routes et donc à réduire leur entretien.
Quant aux agriculteurs qui ont participé de manière substantielle au curage des fossés et à la préservation des routes communales, c’est le regard que leur portent certains habitants qui a évolué.
En tant qu’élus, nous sommes parfois interpellés par des habitants, des rurbains notamment, qui se confrontent à la réalité du monde rural et sont gênés par les activités des agriculteurs. Ce projet, en montrant que c’est à chacun d’agir autour de chez soi, a apaisé les relations.
Cela permet de créer des liens, de mettre les gens autour de la table et ensuite cela nous sert pour d’autres projets tels que le travail sur les circuits de randonnée par exemple.
Contact
Gilbert Léonard, maire délégué – 02 99 39 12 57
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Rédigé en février 2026


