Yann Godet, maire de Plouër-sur-Rance (22)

Plouër‑sur‑Rance est une commune de 3 523 habitants située dans les Côtes d’Armor, au bord de l’estuaire de la Rance, entre Dinan et la Côte d’Émeraude. Elle se distingue par son cadre naturel remarquable, un dynamisme local et une attention aux enjeux de transition écologique et de qualité de vie.
Les élus de la commune seront présents à l’assemblée générale du 20 mai à Saint-Sulpice-la-Forêt (35) pour présenter le projet de tiers-lieu. Yann Godet, maire, nous en parle.
Quels sont les projets phares du mandat à venir ?
Le mandat est structuré autour de deux projets majeurs. Le premier est la concrétisation du projet d’écoquartier, avec un démarrage des travaux prévu fin 2026 ou début 2027. Il comprend un important volet paysager, un travail sur les espaces publics mené en concertation avec les habitants ainsi qu’une démarche innovante de revalorisation des sédiments de la Rance, réutilisés pour la construction de murets. Face à une offre déficitaire aujourd’hui en termes de logements, ce projet guidera la politique de l’habitat communal vers de nombreuses réalisations : habitat léger en Bail Réel Solidaire), quarante logements sociaux dont six à huit logements pour des personnes en perte d’autonomie et quatre logements pour des apprentis. Le second projet structurant est la création d’un tiers-lieu intégrant cinq logements sociaux, dont les travaux débutent au mois de mai.
En quoi consiste ce projet de « tiers-lieu habité » ?
Le projet repose sur le principe « d’habiter un tiers-lieu ». Il associe étroitement cinq logements sociaux, portés par le bailleur social Néotoa, et un tiers-lieu, impulsé et porté par la commune. Après plusieurs années de concertation, une association de préfiguration a émergé afin de fédérer de nouveaux acteurs et représenter la diversité de la société civile. Plusieurs scénarios sont aujourd’hui envisagés pour la gestion du lieu :
- un collectif d’acteurs se structure pour en assurer la gestion ;
- l’association de préfiguration se positionne comme gestionnaire ;
- ou, à défaut, la commune lance un appel à manifestation d’intérêt pour identifier une structure porteuse.
Dans l’esprit le tiers-lieu pourrait accueillir des activités comme des atelier tricot, cuisine ou de réparation de vélo, des exposition photos, des soirées jeux vidéo pour les ados… Ce seront les habitant et les gens engagés dans le projet qui décideront ce qui s’y passera. La commune se place volontairement en retrait afin de permettre l’émergence d’une gouvernance collective et d’un modèle économique viable.
Quelles sont les motivations et objectifs poursuivis ?
La réflexion s’est appuyée sur une infographie formalisant la raison d’être du lieu. Les constats de départ sont forts : isolement, individualisme, morosité, dérèglements climatiques, rupture générationnelle et inégalités sociales. Face à cela, le projet défend des valeurs centrales : entraide, partage, convivialité, solidarité et écoute. Ces valeurs se traduisent par l’ambition de créer un lieu où l’on peut se retrouver, s’amuser, s’éveiller, apprendre des autres, expérimenter, trouver des solutions et favoriser les coopérations, afin de fédérer les habitants autour d’un projet commun.
Le tiers-lieu ne doit pas être perçu comme une simple salle communale supplémentaire, mais comme un espace ouvert, évolutif et parfois imprévisible.
Quels partenaires avez-vous impliqués ?
L’EPF Bretagne a fait l’acquisition de la parcelle pour le compte de la commune. Le bailleur social Néotoa a été retenu à l’issue de l’appel d’offres lancé par la commune. Son pôle « habitat pluriel » s’est montré particulièrement intéressé par la dynamique de tiers-lieu en milieu rural, avec l’objectif de ne pas seulement loger les habitants, mais de les intégrer pleinement à la vie et aux dynamiques du territoire. Néotoa s’est appuyé sur un bureau d’études pour structurer la méthodologie du projet de tiers-lieu jusqu’à sa phase de préfiguration. Ce cabinet a également mené une étude sociologique afin de mieux comprendre les jeux d’acteurs, faciliter la compréhension des enjeux et attirer des publics habituellement éloignés de la vie communale. Le pôle de l’économie sociale et solidaire de Dinan Agglomération a également été associé à la démarche.
Comment avez-vous résolu les éventuelles difficultés rencontrées ?
La première difficulté concernait les contraintes du site, d’une surface de 1 200 m² et à la forme parcellaire complexe. Elle a été levée grâce à un échange foncier avec les propriétés attenantes. La maîtrise d’ouvrage partagée avec Néotoa a constitué un autre défi car elle n’est pas issue des pratiques habituelles de la commune. Enfin, la compréhension du projet par la population a nécessité un travail approfondi : les principes du tiers-lieu étant parfois abstraits, il a fallu près de trois années d’échanges et de pédagogie pour parvenir à une appropriation collective.
Un conseil à donner ?
Il est essentiel de travailler la raison d’être dès le début du projet afin de faciliter son appropriation par les habitants. Identifier rapidement les acteurs parties prenantes est également un enjeu clé pour mener ce type de projet.
Yann Godet
maire de Plouër-sur-Rance (22)
En savoir plus
- Un tiers-lieu avec des logements sociaux à l’étage et en fond de parcelle sur une friche urbaine
- Programme de l’assemblée générale 2026 à Saint-Sulpice-la-Forêt (35)
Rédigé en mai 2026
Thématique : Démarches globales et participatives
