Pommeret (22), une résidence intergénérationnelle en cœur de bourg
Thématique(s): Aménagement, urbanisme et habitat - Centres-bourgs : Etudes et Habitat
Infos pratiques
Maire : Serge Guinard
Adresse : 1 Rue de la Mairie, 22120 Pommeret, France
Nbre d’habitants : 2156
Superficie : 13,35 km²
Intercommunalité : Lamballe Terre et Mer
www.pommeret22.fr
Contact BRUDED : Camille Ménec
Autres expériences de Pommeret
À Pommeret, la crise sanitaire a fait émerger une question simple : comment proposer aux personnes isolées une solution de logement autonome, accessible et ouverte sur les autres, sans reproduire le modèle d’un établissement spécialisé ? La commune a choisi de porter directement une opération de cinq logements sociaux communaux, articulée autour d’espaces communs et d’un jardin partagé. Baptisé « La Clé des Champs », le projet associe qualité d’usage, mixité des publics, construction passive et animation de la vie collective.
Des situations d’isolement constatées pendant la crise sanitaire
Les premières réflexions s’engagent en 2020-2021 : pendant la pandémie de Covid-19, les élus réalisent des visites auprès de personnes âgées qui qui révèlent un ressenti/sentiment de solitude chez nombre d’entre elles. La commune prend le temps de les écouter et de préciser leurs besoins. L’analyse fait notamment ressortir la situation d’habitants disposant parfois de faibles retraites, qui souhaitent se rapprocher du centre-bourg et retrouver un accès plus simple aux services et à la vie locale.
Nous avons rencontré plusieurs personnes qui vivaient seules et ne voyaient jamais personne à part le facteur. Nous nous sommes posé la question au sein du conseil municipal : « est-ce que l’on voudrait vivre comme cela ? » De là est née une réflexion afin de proposer une offre de logement alternative à l’EHPAD non adapté aux personnes isolées non dépendantes » se rappellent les élus.
Le choix d’un projet porté en régie
Un constat est partagé au sein du conseil municipal : la réponse ne doit pas se limiter à construire de petits logements, mais permettre de concilier intimité, autonomie et relations de voisinage. La municipalité est propriétaire d’un terrain de deux hectares en plein cœur du bourg sur lequel elle décide de porter en régie un projet de résidence intergénérationnelle afin de maîtriser à la fois le niveau des loyers, la programmation et l’architecture.
Dans une petite commune non soumise à la loi SRU, il est difficile de mobiliser un bailleur social sur une opération aussi spécifique. Nous voulions également maîtriser le projet de A à Z » précise Serge Guinard, maire.
En parallèle, une sollicitation pour un projet privé de logements inclusifs
Au même moment, un collectif de familles contacte la municipalité : ils sont à la recherche d’un lieu où développer un projet d’habitat inclusif pour cinq adultes présentant des troubles du spectre de l’autisme. La commune est sensible à la demande et un groupe de travail est créé, composé d’élus et des porteurs du projet appelé « Gwitibunan » (qui signifie « tous ensemble » en breton). Convaincus par le sérieux du projet, la municipalité décide de leur proposer 5 000 m² sur le terrain communal de deux hectares en cœur de bourg, qui serait mis à disposition de la coopérative Gwitibunan dans le cadre d’un bail emphytéotique de 99 ans. Les deux opérations (résidence intergénérationnelle et habitat inclusif) restent distinctes, mais leur conception conjointe permet de mutualiser les accès, les stationnements, les circulations et une partie des espaces paysagers, tout en affirmant un même fil conducteur sur la qualité architecturale et énergétique des bâtiments.
Un Assistant à Maîtrise d’Ouvrage pour traduire les objectifs en projet architectural
À partir de 2021, la commune demande des devis à 2 ou 3 cabinets d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) et retient finalement le cabinet COSB à Saint-Brieuc. L’objectif est d’accompagner les élus pour préciser les usages, animer la réflexion et les aider à rédiger un cahier des charges correspondant aux objectifs politiques. L’accompagnement va durer 8 mois pour un montant de 30 828 € HT. Un groupe de travail composé d’élus est constitué pour suivre le projet.
Un cahier des charges exigeant
Les objectifs politiques ont ainsi été traduits en prescriptions concrètes dans le programme (extrait) :
Bâtiment intergénérationnel flexible :
- Regroupement de 5 logements pour des personnes âgées ou des familles (logement d’urgence) : répartition souhaitée par le MOA : 2 T2, 2 T3, 1 T1bis + des espaces partagés ;
- Organisation des locaux incitant le partage et la cohabitation tout en proposant des logements privés ;
- Intégration d’espaces partagés de convivialité et de services (restauration, buanderie, …) pour les résidents.
Connexions intergénérationnelles avec le projet d’habitat inclusif :
- Création d’espaces partagés pouvant être mis à disposition des usagers de l’habitat inclusif ;
- Implantation des bâtiments permettant d’intégrer les divers usages tout en atténuant les troubles des habitants de l’habitat inclusif (ergonomie, aménagements paysagers, …).
Connexions intergénérationnelles a l’échelle communale :
- Permettre l’utilisation des locaux polyvalents par des personnes extérieures (par exemple : activités manuelles des enfants de la garderie, …) ;
- Création d’espaces extérieurs végétalisés de rassemblement (placette centrale, gradinage, …) ;
- Intégrer les cheminements doux / parcours vers et au sein de la parcelle et en continuité des équipements et services voisins.
Les enjeux environnementaux sont clairement inscrits et détaillés dans le programme : la municipalité souhaite atteindre les exigences des constructions passives non labellisé et du niveau 3 du label bâtiment biosourcé, sans toutefois attendre la labellisation.
Un concours d’architecte
Une dizaine d’équipes répondent à la consultation de maîtrise d’œuvre. Trois sont invitées à produire une esquisse afin d’aider les élus à sélectionner un candidat.
Grâce à l’esquisse on visualise ce que pourrait être le projet, notamment sur la forme architecturale. C’est important pour choisir l’équipe sinon on doit juste se baser sur leur référence » analyse le maire.
Les critères de sélection mettent l’accent sur la qualité technique des candidats :
- Qualité de la réponse au programme : performances techniques, surfaces et fonctionnalités (30%) ;
- Qualité du projet au regard des objectifs environnementaux (20%) ;
- Compatibilité du projet avec l’enveloppe prévisionnelle affectée aux travaux (30%) ;
- Qualité architecturale et insertion dans le site (20%).
L’équipe menée par le cabinet Magma, avec la paysagiste Folk Paysage, est retenue.
La traduction des objectifs dans le projet final
La volonté de favoriser la mixité sociale et générationnelle s’est matérialisée par cinq logements de tailles différentes (deux T3, deux T2 et un T1), pouvant accueillir des personnes âgées autonomes, des jeunes adultes ou des familles, associés à 130 m² de locaux communs : d’une halle bioclimatique vitrée, une pièce de vie avec cuisine, une buanderie, une terrasse couverte et des espaces ludiques complètent les logements.
Pour favoriser l’ouverture sur la commune, les locaux communs sont accessibles sur demande aux habitants ou associations de la commune, ainsi que le parc public qui accueille jardins partagés, espaces sensoriels, jeux naturels, tables de pique-nique et petit théâtre de verdure. Les habitants sont associés dès 2024 à travers des ateliers sur l’ambiance des espaces communs et les aménagements paysagers.
Enfin, la maîtrise des charges et l’ambition écologique ont été inscrites dans des exigences mesurables : conception passive, enveloppe performante, recours aux matériaux biosourcés, suivi individualisé des consommations, gestion des eaux pluviales et priorité donnée à des équipements simples, durables et faciles à entretenir.
Pour rejoindre leur logement, les habitants passent par l’entrée commune qui mène à la halle. Les logements sont conçus avec des cuisines minimalistes pour les inciter à aller dans la cuisine commune. Les rencontres quotidiennes sont ainsi encouragées sans être imposées. » précisent les élus.
Du chantier à l’inauguration : une réalisation en plusieurs étapes
- 15 septembre 2023 : adoption de l’avant-projet définitif par le conseil municipal, puis dépôt du permis de construire au quatrième trimestre.
- 7 novembre 2024 : démarrage du chantier par les terrassements.
- 26 février 2025 : pose de la première pierre.
- Premier semestre 2025 : mise hors d’eau et hors d’air, pose de la toiture, des panneaux photovoltaïques et des menuiseries extérieures.
- 12 février 2025 : chantier participatif de cabanes en saule avec le conseil municipal junior et l’ALSH.
- Avril 2025 : fabrication participative d’environ 4 000 briques de terre crue à partir des terres du site.
- 4 juillet 2025 : ouverture du chantier au public pour le montage du mur en terre crue, avec la participation d’habitants, d’enfants et de résidents de Gwitibunan.
- 24 mars 2026 : réception des travaux.
- 2 avril 2026 : mise en service et entrée des locataires.
- 13 juin 2026 : inauguration de La Clé des Champs.
Un chantier écologique
La dimension environnementale ne se limite pas aux performances finales du bâtiment. Une charte de chantier vert, élaborée avec le cabinet Pensée Sauvage, encadre le tri des déchets, la réduction des nuisances pour les riverains et l’organisation des entreprises. Le terrassement est conçu pour limiter les rotations de camions et la totalité des terres excavées est réemployée sur place, notamment pour les aménagements paysagers et la fabrication des briques de terre crue. Un marché spécifique porte sur la gestion des déchets valorisables et non valorisables.
L’entreprise retenue a mis l’accent sur le tri des déchets et 50% ont pu être revalorisés. »
Chantiers participatifs pour construire des briques de terre crue
En avril 2025, plusieurs ateliers réunissent habitants, bénévoles, enfants et futurs résidents afin de transformer la terre extraite du site en près de 4000 briques destinées aux murs intérieurs. Sous la conduite de l’équipe de paysagistes « Folk Paysages », les participants prennent part à la préparation du mélange, au moulage, au démoulage et au séchage des briques, avant une journée ouverte au public, le 4 juillet, consacrée au montage du mur. Cette démarche réduit les transports de matériaux et valorise une ressource disponible sur place, tout en permettant à chacun de découvrir un savoir-faire constructif sobre. Elle renforce également l’appropriation du projet par les habitants et crée, dès le chantier, une dynamique collective autour du futur lieu de vie.
Un bâtiment sobre, passif et biosourcé
Sans rechercher la labellisation, la commune vise les exigences d’un bâtiment passif et du niveau 3 « bâtiment biosourcé ». L’enveloppe associe murs à ossature bois fortement isolés, triple vitrage et traitement des ponts thermiques. L’implantation maximise les apports solaires et la lumière naturelle. Les planchers en béton, les isolants biosourcés et les murs en terre crue procurent de l’inertie et retardent les pics de chaleur. La halle centrale, non chauffée, est tempérée naturellement grâce aux ouvrants motorisés, à la ventilation traversante et aux matériaux à forte inertie. Les arbres caducs, les noues, la mare-jardin de pluie et la limitation des surfaces minérales complètent le dispositif, tandis que des panneaux photovoltaïques couvrent une partie de la toiture. La commune a bénéficié du soutien de l’ALEC du Pays de Saint-Brieuc sur le suivi du chantier, en particulier sur le volet photovoltaïque.
Faire vivre la résidence : une animation financée par l’Aide à la vie partagée
En juillet 2024, la commune répond à l’appel à manifestation d’intérêt sur « l’Aide à la Vie Partagée » du Département des Côtes-d’Armor. Le projet est retenu pour cinq bénéficiaires : trois logements de la résidence intergénérationnelle et deux logements diffus situés à proximité dans le bourg. Cette aide, annoncée à hauteur de 5 000 € par logement et par an, finance l’animation et la coordination du projet de vie sociale et partagée.
La commune conventionne avec la coopérative Gwitibunan, gestionnaire de l’habitat inclusif voisin, pour mutualiser cette fonction. Une animatrice est recrutée afin de faire le lien entre les habitants des deux ensembles. Son rôle est celui d’une facilitatrice : recueillir les envies, proposer des temps collectifs, soutenir les initiatives et, si nécessaire, contribuer à la médiation. Cafés des voisins, activités manuelles, jardinage, promenades, sorties à la bibliothèque, courses en commun, jeux de société ou belote se développent au rythme des habitants. La participation reste libre : l’enjeu est de rendre les rencontres possibles, non de les imposer.
La commune assure la gestion locative ainsi que l’entretien des espaces communs. Les logements sont proposés à loyers modérés. Leur attribution repose sur un comité associant élus, CCAS et représentants de Gwitibunan, afin de rechercher un équilibre entre les profils et les parcours de vie. Une réunion publique avec les riverains a également permis d’aborder la mixité du projet et la proximité avec l’habitat inclusif.
Repères financiers
Le montant total du projet s’élève à 2 074 092 €HT, dont 1 803 348 € de travaux, 246 387 € d’études (AMO et MOE), et 15 960 € de contrôle technique / SPS.
La commune a bénéficié de plusieurs soutiens financiers : Etat (200 000€), Région Bretagne (170 000€), le Département 22 (135 279 €), EPCI Lamballe Terre et Mer (49 990 €), CARSAT (100 000€ de subvention et prêt à taux zéro de 440 000€) et autres organismes (AG2R, AGIRC-ARRCO). Pour compléter le plan de financement, elle a contracté un prêt de 500 000€ et 164 652€ de fonds propres.











